(Zonebourse.com) - Tous les deux ans, en alternance avec Le Bourget, le salon de Farnborough réunit le gratin de l'aéronautique mondiale, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Londres. L'occasion pour les industriels d'annoncer une myriade de contrats, et pour les analystes de prendre le pouls d'un secteur particulièrement sous surveillance, dans un contexte de flambée des tensions géopolitiques et de tensions sur le kérosène.
Depuis le début de la semaine, les carnets de commandes d'Airbus et Boeing se remplissent. Les deux avionneurs, qui anticipent tous deux un doublement du trafic aérien mondiale d'ici 2045, ont engrangé une ribambelle de contrats et se livrent un duel de chiffres à distance.
Et les chiffres ont de quoi impressionner : Airbus a signé la vente de six A350-1000 auprès de Riyadh Air, d'une centaine d'A320neo pour SMBC Aviation Capital, d'un drone Flexrotor au Canada, de neuf autres A350-1000 à Philippine Airlines, ou encore de huit hélicoptères pour l'Arabie Saoudite et de deux autes hélicoptères pour la police britannique... Et l'avionneur européen a abattu une autre carte hier soir en annonçant un vaste programme de rachats d'actions (5 MdsEUR sur trois ans), faisant bondir le titre.
Et Boeing n'est pas en reste : contrat de 28 "Dreamliner" signé avec Riyadh Air, 100 Boeing 737 MAX avec SMBC Aviation Capital, quinze 787-10 signés avec Philippine Airlines, cinq 777-8 Freighter avec MSC Air Cargo, huit 737 MAX et Dreamliner avec Uganda Airlines, 15 "Dreamliner" avec AerCap...
Un regain de confiance
Au final, quelque 300 commandes d'avions ont été annoncées lors des deux premiers jours du salon, dont 180 pour Boeing et 119 pour Airbus.
Si ce total est inférieur aux attentes les plus optimistes, RBC souligne que les carnets de commandes des deux avionneurs sont déjà remplis jusqu'aux années 2030. "Le sentiment positif des investisseurs à Farnborough montre que tout repose désormais sur l'exécution", indique l'analyste.
Ainsi, si le salon est marqué par des perspectives de demande solides dans l'aéronautique et la défense, c'est surtout le regain de confiance concernant la chaîne d'approvisionnement que met en lumière RBC.
"Nous sommes encore loin de pouvoir crier victoire, mais l'industrie affiche davantage de confiance et le risque de mauvaises surprises semble désormais plus limité", souligne l'analyste, Ken Herbert.
La banque considère aussi que l'activité de l'après-vente aéronautique est particulièrement dynamique et pourrait être "source de bonnes surprises".
Rolls-Royce : une tentative remarquée
Enfin un tel salon est aussi l'occasion pour les industriels de nouer des contacts ou de passer des message. A ce titre, Tufan Erginbilgi, le CEO de Rolls-Royce, a profité de l'évènement pour tenter d'obtenir des financements destinés à une nouvelle génération de réacteurs de plus petite taille qui pourraient équiper les futurs remplaçants des 737 MAX et A320.
"Cette démarche tombe mal, car le gouvernement britannique manque de ressources et finance déjà, au profit de Rolls-Royce, la majeure partie de la R&D dans le secteur de la défense", notent Pierre-Yves Gauthier et Saïma Hussain, analystes qui suivent le dossier. Selon ces spécialistes, l'insistance du CEO est "singulière et risque bientôt de devenir inacceptable", alors qu'il menace de "s'installer à l'étranger". "Rolls-Royce n'existerait pas sans le Royaume-Uni ; son PDG va donc un peu trop loin", concluent-ils. De quoi ramener sur terre ce spécialiste des cieux...
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